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Clos Saragnat : Le début d’un nouveau chapitre

Nouveaux propriétaires, nouvelle image de marque, nouvelle boutique, présence accrue sur les réseaux sociaux: le domaine Clos Saragnat, fondé en 2002 sur l’emplacement de l’un des plus vieux vergers du Québec, situé à 220 mètres d’altitude sur les flancs ensoleillés du Mont Pinacle à Frelighsburg, a fait beaucoup jaser au cours des derniers mois. 

Tout doucement et sans faire de vague, les pionniers du vin et du cidre québécois et inventeurs du cidre de glace, Louise Dupuis et Christian Barthomeuf, ont tiré leur révérence vers une retraite bien méritée en 2025. Pour eux, le Clos Saragnat n’était pas seulement une entreprise, ce havre de paix était également leur espace de vie des 23 dernières années. Ils y ont progressivement planté pommiers, poiriers, vignes, aronias, houblon et camerises afin de vitaliser un écosystème riche, vivant et autonome.

Trouver les élus qui allaient assurer la pérennité du lieu n’a pas été une mince affaire. S’il était essentiel pour le couple de transmettre le domaine à des successeurs partageant leurs valeurs quant à l’ADN du verger, il fallait aussi que ces derniers possèdent des reins solides et l’énergie nécessaire pour naviguer à travers les aléas climatiques et l’évolution constante des habitudes de consommation. Au terme d’un long processus de sélection, le choix s’est arrêté sur un trio engagé, composé de Pierre Dal, de sa conjointe, Gabrielle Hébert, et du père de celle-ci, David Hébert.

Un trio de première ronde

C’est ainsi qu’au mois de juillet 2025, ce dynamique trio s’est vu passer le flambeau. Louise s’est assurée que Pierre, responsable du chai et du champ, s’approprie son nouveau terrain de jeu de 35 hectares, dont quatre cultivés, et toute la panoplie d’outils qui s’y rattachent. Fraîchement titulaire d’un doctorat en génie chimique, le jeune homme natif de Lille en France aurait pu embrasser une carrière dans le domaine, mais ce passionné de fermentation aspirait à l’inverse: ralentir, écouter le rythme des saisons et sceller un retour fondamental à la terre. 

Une intuition que son beau-père, David, entrepreneur à l’aube de la retraite, a saisi au vol. Tous deux interpellés par un article paru dans le journal régional Le Tour, qui annonçait la fin imminente du parcours de leurs prédécesseurs, ils ont poussé les portes du domaine le temps d’une visite. Il n’en fallait pas plus pour faire germer ce projet complice et donner corps au rêve de Pierre. 

De son côté, Gabrielle imaginait disposer de quelques années encore avant de sauter à pieds joints dans l’aventure et de s’installer définitivement à la campagne. Si elle a d’abord envisagé de concilier son travail comme représentante en vin pour l’agence Balthazard, à Montréal, avec la gestion de la boutique du domaine le week-end, elle a rapidement compris que ce n’était pas possible. La jeune femme, spécialiste en marketing, a rapidement constaté à quel point le cidre québécois gagnait toujours à être apprivoisé. Pour démocratiser le produit, dépoussiérer son image et propulser les ventes, elle se devait d’être là, sur place, au contact des gens. L’aménagement de la nouvelle boutique, plus lumineuse et accueillante, est rapidement monté tout en haut de la liste des priorités.

Le couple de néo-cidriculteurs ne s’en cache pas, cette nouvelle page d’histoire n’aurait pu s’écrire sans le soutien financier de leur joueur de centre, David. Discret de nature, l’homme d’affaires s’implique dans toutes les sphères de l’entreprise avec la volonté de laisser la place nécessaire à ses partenaires afin qu’ils prennent le temps de s’émanciper. Un partenariat précieux qui permet à Pierre et à Gabrielle de prendre leurs marques dans ce projet d’envergure, tout en dormant sur leurs deux oreilles.

Un legs inspirant

Lors d’une rencontre organisée par le CLD de Brome-Missisquoi l’été dernier, Louise s’est amusée à présenter le jeune couple franco-québécois comme ses enfants adoptifs aux autres vignerons de la région. «Ils vont faire comme nous pour la première année et ensuite, ils feront mieux», s’est-elle exclamée fièrement devant l’assistance venue saluer le valeureux apport des nouveaux retraités à La Route des vins.

Pierre et Gabrielle ne prétendent évidemment pas faire mieux, ils souhaitent surtout conserver l’esprit du verger et honorer tout le travail qui a déjà été fait. La nouvelle identité visuelle, signée Louis Dal (le frère jumeau de Pierre qui travaille également au clos!) se veut d’ailleurs un hommage à ce lieu qui les a aussitôt tous charmés. Le design de la nouvelle boutique, signé Pénélope Gagnon (la conjointe de Louis!), est quant à lui, à la fois moderne et élégant. Les deux grandes portes en arche ouvertes invitent naturellement le regard à traverser l’espace: elles dévoilent la terrasse, le terrain de pétanque et la promesse du vaste panorama.

Les cuvées classiques du domaine arborent déjà leur tout nouvel habillage et sont désormais rejointes par de nouvelles créations élaborées exclusivement à partir d’ingrédients glanés sur le domaine. Celles-ci pourront évidemment varier d’une année à l’autre selon ce que la nature décidera d’offrir, mais chaque flacon continuera de porter tout le savoir-faire et l’héritage des fondateurs du Clos Saragnat.

La boutique sera ouverte jusqu’au 24 octobre. Pour clore la saison en beauté, une grande fête y est prévue où les cidres seront évidemment à l’honneur accompagnés d’une raclette. L’événement sera ouvert au public, mais il faudra réserver sa part de meule!